L’art d’aimer

L'ART D'AIMER

Pourquoi célébrer l’amour le 14 février tout particulièrement, et pas simplement chaque jour en disant merci à Cupidon ? Parce qu’on nous a conditionnés depuis le 14e siècle. On vous en parle en tableaux !

Avant ça, les histoires amoureuses mythologiques par exemple, n’offraient pas tant de raisons d’être célébrées. L’amour dans la mythologie, c’est même toujours risqué, et ça peut avoir des conséquences vraiment catastrophiques. Pour résumer, ça implique des poils et des plumes, des guerres, voire même des infanticides. Mais pourquoi tout est si compliqué ?

 

Essentiellement à cause des appétits assez surnaturels de Jupiter, le roi des dieux, et de la jalousie assez naturelle de son épouse, Junon. Jupiter est sans doute la divinité la plus volage et insatiable qu’on puisse imaginer. Pour échapper à la surveillance de sa chère et tendre, il a tendance à prendre des formes diverses, variées et parfois franchement bizarres pour séduire les humaines et humains qu’il convoite.

 

La longue liste des amours de Jupiter est un sujet privilégié dans l’art, que vous pouvez venir découvrir dans notre exposition « Les Mythes Fondateurs ». On pourra citer l’enlèvement d’Europe, où le dieu prend la forme d’un taureau blanc ; ou encore la séduction de Danaé, où il se métamorphose en pluie d’or.

Max Beckmann, "L'enlèvement d'Europe", 1933 (Schirn Kunsthalle, Frankfurt)
Max Beckmann, "L'enlèvement d'Europe", 1933 (Schirn Kunsthalle, Frankfurt)
Titien, "Le Viol d'Europe", 1562, (Isabella Stewart Gardner Museum, Boston)
Titien, "Le Viol d'Europe", 1562, (Isabella Stewart Gardner Museum, Boston)
Gustav Klimt, "Danaé", 1907 (Galerie Würthle, Vienne)
Gustav Klimt, "Danaé", 1907 (Galerie Würthle, Vienne)

Quand les heureuses élues ont moins de chance, ce sont elles que Jupiter transforme, soi-disant pour les protéger de la fureur de Junon ; ainsi, Io se retrouve changée en génisse (c’est-à-dire, une jeune vache), après avoir été séduite par Jupiter sous la forme d’un nuage de brouillard…

Le Corrège (Antonio Allegri), "Jupiter et Io" (détail), vers 1530 (Kunsthistorisches Museum, Vienne)
Le Corrège (Antonio Allegri), "Jupiter et Io" (détail), vers 1530 (Kunsthistorisches Museum, Vienne)
Jacob Jordaens, "Mercure et Argus", 1620 (Musée des Beaux-Arts de Lyon)
Jacob Jordaens, "Mercure et Argus", 1620 (Musée des Beaux-Arts de Lyon)

Les amours malheureux ne sont pas l’apanage des dieux : du côté des humains, ils sont même beaucoup plus sanglants. L’amour de Pâris et Hélène de Sparte les pousse à s’enfuir ensemble, ce qui déclenche la guerre de Troie, qui va durer quand même 10 ans. Autre exemple : le héros Jason, en quête de la Toison d’or avec les Argonautes, accoste chez Médée qui tombe amoureuse de lui. Il accepte de l’épouser en échange de son aide – ce qui implique qu’elle assassine son propre frère. Au bout du compte, Jason tombe amoureux d’une autre princesse, Créuse, et répudie Médée, qui assassine sa rivale, et ensuite ses propres enfants, qu’elle a eus avec Jason. Vive l’amour, donc.

Eugène Delacroix, "Médée", 1838, (Palais des Beaux-Arts de Lille)
Eugène Delacroix, "Médée", 1838, (Palais des Beaux-Arts de Lille)
Alphonse Mucha, "Médée",1868, affiche pour Sarah Bernhardt
Alphonse Mucha, "Médée",1868, affiche pour Sarah Bernhardt

Sautons quelques siècles, pour comprendre ce qui a déclenché notre célébration annuelle d’une image mièvre et édulcorée de l’interaction amoureuse. La pratique de l’amour courtois bat son plein au 14e siècle. Le chevalier prouve son honnêteté, son respect et sa vaillance à sa dame, souvent en entreprenant des quêtes de plusieurs années où il est bien loin d’elle, et l’élévation commune de leurs esprits leur assure le bonheur. A cette époque, le poète anglais Geoffrey Chaucer (le père de la littérature anglaise), écrit quelques lignes qui vont conditionner à jamais notre vision du 14 février : dans son poème The Parlement of Foules (c’est-à-dire des oiseaux), il parle de cette date comme celle de la Saint Valentin, où tous les oiseaux du monde cherchent leur partenaire.

 

Et c’est tout. C’est là où remonte notre association de la célébration de l’amour à la Saint Valentin.

 

Le déchaînement consumériste autour de cette fête repose donc tout entier sur la saison de reproduction de vertébrés tétrapodes ailés. Et c’est une pratique qui n’est pas seulement propre à notre époque contemporaine. Déjà au XIXe siècle, des cartes de vœux d’un mauvais goût imbattable prolifèrent, de l’ère victorienne anglaise à la Belle époque en France.

Carte, époque victorienne
Carte, époque victorienne
Carte, 1907
Carte, 1907

En bref, mais qu’est-ce qu’on a fait à l’amour ?

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