Une courte histoire du musée

Une courte histoire du musée

Comment les musées sont-ils venus au monde ? Aujourd’hui, ils font partie intégrante de notre paysage urbain, mais ça n’a pas toujours été le cas. On ne prétend pas retracer l’histoire entière du concept de musée, mais on espère vous intriguer avec quelques repères importants !

Le voyage commence en Egypte au IIIe siècle avant Jésus-Christ, au « Mouseion » ou « Musaeum » d’Alexandrie. Le « Mouseion », qu’on peut traduire par « Siège des muses » n’abritait pourtant aucune oeuvre d’art ! Il s’agissait d’un environnement intellectuel complet (une école, une bibliothèque…) et un refuge pour les artistes et les penseurs de toutes les disciplines, ainsi que pour ceux qui désiraient suivre leurs enseignements. Finalement, quelque chose d’assez similaire à nos universités.

Voici donc les fameuses muses, dont le nom est à l’origine de notre « musée » moderne. La légende fait d’elles les filles du dieu grec Zeus et de Mnémosyne, déesse de la mémoire. Les muses sont au nombre de 9 : chacune d’entre elles offre soutien et inspiration aux artistes de sa discipline. Calliope s’occupe de poésie épique, Clio d’histoire, Euterpe de musique, de chant et de poésie lyrique, Erato de poésie amoureuse, Melpomène de tragédie, Polymnie de la composition des hymnes, Terpsichore de danse, Thalie de comédie et Uranie d’astronomie.

Birth of the Muses, Jean-Auguste-Dominique Ingres, 1856; Louvre Museum, France; watercolor on paper
Birth of the Muses, Jean-Auguste-Dominique Ingres, 1856; Louvre Museum, France; watercolor on paper

A la Renaissance, le terme « musée » commence à être utilisé pour désigner les collections privées et les cabinets de curiosités amassées par les monarques d’Europe, les nobles et l’Église. Ces collections d’objets précieux n’étaient pas accessibles au public, qui ne pouvait qu’imaginer leur splendeur; elles étaient un indice de richesse et d’éducation. A Florence, la famille Médicis par exemple avait réuni un nombre incalculable d’oeuvres et d’objets, tout en passant commande de portraits de famille (il n’y avait pas encore d’appareils photos!). Les Médicis furent la première famille à faire don de leur collection privée à l’état, en 1743. Au Palais des Offices, quelques pièces de la collection Médicis étaient déjà accessibles au public depuis 1582. Le Palais allait devenir la Galerie des Offices, l’un des musées publics les plus célèbres au monde.

Portrait of Cosimo I de' Medici, Bronzino, 1560; Uffizi Gallery, Italy; tempera on panel
Portrait of Cosimo I de' Medici, Bronzino, 1560; Uffizi Gallery, Italy; tempera on panel
Cabinet of Curiosities, Domenico Remps, ca. 1690; Central Library of the National Museum of Natural History, Paris
Cabinet of Curiosities, Domenico Remps, ca. 1690; Central Library of the National Museum of Natural History, Paris

A partir du XVIIe siècle, le processus s’accéléra : le public commença à exiger un meilleur accès à l’art, qui en venait progressivement à être perçu comme un besoin fondamental pour les populations.

Ainsi, le cabinet de curiosités du collectionneur britannique John Tradescant allait fournir les pièces fondamentales à la création en 1683 du Ashmolean Museum d’Oxford, en Angleterre. C’était la première fois qu’on construisait un bâtiment spécifiquement dédié à l’accueil d’oeuvres d’art ! Il fut subséquemment ouvert au public.

De plus en plus de penseurs se mirent à conceptualiser des projets de musées nationaux, et à la fin du XVIIIe siècle, deux des plus grands musées actuels étaient nés, qu’on visite toujours aujourd’hui : le British Museum en 1759, et le Louvre en 1793, dont on doit la création à un décret révolutionnaire qui stipulait que la Grande Galerie du palais royal fusse ouverte au peuple, afin de montrer les biens confisqués au clergé et à l’aristocratie.

Au cours des décennies suivantes, Napoléon, qui croyait en l’idéal d’un musée universel, continua d’enrichir les collections du Louvre d’objets saisis pendant ses campagnes. L’Empereur s’imaginait être le libérateur des civilisations opprimées, et entendait centraliser les merveilles artistiques provenant des quatre coins du monde, et les montrer à tous.

« Le siècle du musée » : c’est ainsi qu’on appela le XIXe siècle, à cause de la prolifération de nouveaux musée dans le monde, prolifération qui répondait au principe de fierté citoyenne et à la libéralisation de l’éducation. A Rome, le Vatican ouvrit quelques unes de ses collections au public. La tendance atteignit même le Nouveau Monde et les empires coloniaux : de nombreuses institutions naquirent aux Etats-Unis, en Amérique du Sud, en Afrique du Sud, en Inde et en Australie. Après les proclamations d’indépendance, la construction d’un musée dans la capitale était considérée comme essentielle à la définition de la nouvelle identité nationale (par exemple, le Museo Nacional de Bellas Artes de Santiago, au Chili, qui fut construit en commémoration du centenaire de l’indépendance chilienne en 1910).

La création de musées témoigne du mouvement de l’art et de l’histoire tout à la fois, ainsi que du début d’un processus de démocratisation culturelle qui n’est pas encore fini aujourd’hui. Suivant les mutations sociales et politiques mondiales, les musées furent progressivement installés dans les anciens palais royaux, démontrant le besoin général de faire de l’art un bien spécial, et par là-même renforçant son symbolisme.

Hermitage Museum, Catherine the Great, 1764; Saint Petersburg, Russia
Hermitage Museum, Catherine the Great, 1764; Saint Petersburg, Russia
Heydar Aliyev Center, 2007; Baku, Azerbaijan
Heydar Aliyev Center, 2007; Baku, Azerbaijan

Conceptualiser des bâtiments de musée est depuis devenu un art en soi, comme le montrent les prouesses architecturales de notre époque contemporaine. Par exemple, le Centre Heydar Aliyev de Baku (2012) en Azerbaïdjan, un environnement intellectuel complet qui abrite entre autres un musée et un centre de conférences. Il est l’oeuvre de l’architecte iraquienne-britannique Zaha Hadid.

Avant de désigner un bâtiment, le terme « musée » évoque donc un sentiment de totalité. Comme on l’a vu, il fut d’abord utilisé pour désigner une communauté de gens réunis sous un même toit pour apprécier, et partager ou débattre de leur appréciation, de l’art sous différentes formes.

UMA entend réhabiliter ce sentiment de communauté, et travailler pour la démocratisation de l’art, en utilisant les technologies innovantes à notre disposition. Revenons au rêve partagé par Alexandre le Grand et Napoléon, celui du musée universel, et réalisons-le grâce aux outils du présent.

Rassemblons les oeuvres du monde entier, et faisons-les se rencontrer dans des configurations infinies et inédites.

Construisons notre propre musée.

Et rendons-le gratuit et accessible à tous, partout, tout le temps.

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