Salle des Martyrs

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La Salle des Martyrs du Musée du Jeu de Paume s’intègre dans la longue histoire des spoliations nazies. Pas moins de 600 000 œuvres d’art ont été volées durant la Seconde Guerre mondiale. Certains parlent de millions. Chacune de ces œuvres a subi un parcours périlleux. Certaines furent volées, déplacées, stockées, restituées, détruites ou perdues à jamais.

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La Salle des Martyrs du Musée du Jeu de Paume s’intègre dans la longue histoire des spoiliations nazies. Pas moins de 600 000 œuvres d’art ont été volées durant la Seconde Guerre mondiale. Certains parlent de millions. Chacune de ces œuvres a subi un parcours périlleux. Certaines furent volées, déplacées, stockées, restituées, détruites ou perdues à jamais.

Retracer le chemin d’une œuvre spoliée est difficile. Mais on peut compter sur d’ardents défenseurs et résistants qui ont documenté minutieusement, et au péril de leurs vies, ce pillage sans précédent. Ainsi, des écrits et des photographies nous donnent la possibilité d’entrapercevoir l’une des salles les plus surprenantes : la Salle des Martyrs du Jeu de Paume.

Rose Valland in the room of the martyrs, unknown source

Entre 1940 et 1944, une unité appelé, la Einsatzstab Reichsleiter Rosenberg (ERR), était en charge de récupérer tous les biens qui avaient un intérêt pour les nazis. Des vêtements, des ustensiles ménagers et, surtout, des œuvres d’art, ont ainsi été réquisitionnés. Parmi lesquels ont compte des peintures et des sculptures de grands maîtres : Raphaël, Chagall, Monet, Munch, Rodin

Transfer of artworks in Paris, ERR archives

Dans un premier temps, ces œuvres étaient acheminées dans des lieux de stockage. A Paris, le Jeu de Paume fut le plus important en volume, pas moins de 20 000 œuvres spoliés y ont été exposées ou entreposées. Une partie du stock était envoyée en Allemagne pour alimenter les collections du Führer.

Spolied artworks storage, ERR archives

Toutes ces œuvres étaient gardées captives dans plusieurs salles du Jeu de Paume, dont une bien distincte : la Salle des Martyrs. Petite et isolées des autres par un rideau, elle abritait toutes les oeuvres d’art dites « dégénérées », c’est à dire modernes et ne correspondant pas à l’idéologie artistique nazie. Elle étaient alors vues comme faisant partie d’un complot orchestré par les juifs pour pervertir la société. S’y trouvaient des œuvres de Picasso, Léger, Matisse, Dali, et beaucoup d’autres. Leurs auteurs n’étaient pas nécessairement juifs, mais leur proximité avec de grands marchands et mécènes juifs les rendaient alors complices aux yeux des nazis.

Room of the Martyrs, anonymous, 1940. Archive from the French Ministry of Foreign Affairs

Certaines de ces œuvres dites « dégénérées » ont été détruites, brûlées dans la cour du Jeu de Paume. Mais pas toutes. La raison ? Ces œuvres, bien que mises au ban par les nazis, n’étaient pas dépourvues de valeur marchande. Aussi leur était-il possible d’échanger certaines œuvres modernes contre des œuvres plus classiques, plus appréciées des nazis.

Également, le n°2 du gouvernement du IIIe Reich, Hermann Goering, était féru d’art, y compris des mouvements artistiques condamné alors par Hitler. Il se rend dans la salle des Martyrs plus d’une vingtaine de fois, soit pour procéder à des échanges, soit pour alimenter sa collection personnelle.

Très peu de documents nous sont parvenus concernant la salle des martyrs. Mais il est possible de reconstituer en partie cette salle grâce à des photos retrouvées d’époque. Les  annotations méticuleusement prises par Rose Valland constitue également une ressource considérable. Cette célèbre résistante française a pris note des arrivées, des mouvements et des propriétaires des œuvres spoliées.

A ce jour, les identifications et les restitutions des œuvres présentes dans la salle des martyrs ne sont toujours pas terminés.

Room of the Martyrs, anonymous, 1940. Archive from the French Ministry of Foreign Affairs

Pas à pas de nouveaux éléments se dévoilent et de nouvelles bases de données sont mises en ligne, comme les archives de l’ERR. De nouveaux projets donnent lieu à une diffusion plus large des œuvres spoliées, comme des expositions en lignes, permettant ainsi de sensibiliser le public et pourquoi pas, donner lieu à de nouvelles identifications.

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